Depuis 1984, le secteur de l’environnement est intégré dans les attributions reconnues à l’un des départements ministériels, au
sein du gouvernement territorial.
La Délégation à l’Environnement, service administratif du Ministère chargé de l’environnement date de 1985. Sa mission est
d’assurer et de veiller à la gestion de l’environnement naturel et humain et à l’amélioration du cadre de vie. Elle propose également les éléments nécessaires à l’élaboration de la politique
de l’environnement et assure l’information et la sensibilisation en matière d’environnement. Elle est le point de contact technique du PROE, pour les programmes régionaux.
Le Service des Ressources Marines (SRM), qui s’occupe de la gestion des ressources marines vivantes et a en particulier
pour mission de gérer les réserves de Scilly et Bellinghausen. L’Etablissement pour la Valorisation des Activités Aquacoles et Maritimes (EVAAM) a longtemps été chargé du suivi de programmes
de recherches et de développement des ressources marines et de l’aide technologique aux privés. Il a aujourd’hui été supprimé et son personnel rattaché au SRM.
Le Service des Domaines est gestionnaire de l’espace public littoral.
Le Conservatoire Polynésien du Littoral créé en 1989 est une cellule du Service des Domaines totalement indépendant du Conservatoire métropolitain. Il est chargé de préparer et de rassembler
les éléments de réflexion pour définir une politique foncière de sauvegarde de l’espace littoral, de respect des sites naturels, de protection des équilibres écologiques et d’aménagement
sectoriel. Dans la réalité le Conservatoire a peu de moyens d’action (aucun personnel n’y est affecté) et peu de moyens financiers. Un projet de renforcement et de restructuration est à
l’étude depuis plusieurs années. En appui, le Conservatoire métropolitain a effectué une mission sur place. Mais les problèmes fonciers propres au Territoire rendent difficiles les
acquisitions.
Plusieurs commissions consultatives statuent sur des problèmes touchant plus ou moins directement à l’environnement
récifal : Comité d’Aménagement du Territoire, Commission des Sites et des Monuments Naturels, dont le Délégué est le Conservateur de la réserve de la biosphère de Taiaro, Commission
d’Occupation du Domaine Public, ou des Pesticides.
D’autres partenaires territoriaux sont impliqués, notamment les Services de l’Urbanisme et de l’Equipement.
Les Comités de Surveillance des espèces marines et d’eau douce comprennent par communes des acteurs administratifs (pêche,
mer, environnement), des élus et des pêcheurs. Il sont habilités à faire toute proposition en matière de protection et de pêche des espèces du lagon. Dans les faits ils s’occupent surtout du
contrôle de la pêche aux trocas et au turbos.
Les Associations et Fondations
La Fondation Naturalia Polynesia (1995) déclarée d’intérêt général et collectif par le
gouvernement de Polynésie Française regroupe 9 sociétés privées polynésiennes.
Il existe une quarantaine d’associations de protection de l’environnement. Quatorze d’entre elles se sont regroupées en fédération depuis décembre 1988 (Fédération des Associations de
Protection de l’Environnement - Te Ora Naho) : Union polynésienne pour la Sauvegarde de la Nature, Atuatu te Natura, Ia Ora te Natura...

Naso vlamingi (Photo P laboute IRD)
Les principaux documents d’orientations pour la Polynésie française sont :
• loi n° 94-99 du 5 février 1994 d’orientation pour le développement économique, social et culturel de la Polynésie Française,
• quels choix pour l’avenir de la Polynésie Française. Rapport du Comité Economique, Social et Culturel de la Polynésie (1992),
• le Pacte de Progrès : orientations pour l’avenir de la Polynésie française (1993),
• la Charte du Développement.
Au sein de ces documents qui fixent les orientations pour l’avenir de la Polynésie, la protection de l’environnement est prise en
considération (amélioration du cadre juridique, développement de la recherche, des actions d’éducation, des programmes de gestion de l’environnement, eau, déchets...).
Les objectifs généraux affichés par le Ministère de l’Environnement en matière de mise en valeur et de protection de
l’environnement littoral et récifal, concernent les points suivants :
• la maîtrise de l’aménagement à l’aide des outils réglementaires que sont, pour les zones lagonaires, les PGEM (Plans de Gestion des Espaces Maritimes) ;
• la préservation et la gestion du littoral et des espaces naturels remarquables ou sensibles, terrestres et maritimes, avec la création d’un conservatoire des espaces naturels qui agirait
notamment dans le cadre du classement, de la protection des sites, et de la création de parcs naturels ou thématiques ;
• la rénovation et l’amélioration des outils juridiques, avec un renforcement du cadre juridique actuel en matière entre autre d’occupation du domaine public maritime, et l’harmonisation des
textes au sein d’un code de l’environnement ;
• le développement de la recherche au service de l’environnement : perliculture, pêche lagonaire et aquaculture ;
• la sensibilisation du public, dont l’initiation des jeunes au sein des structures éducatives, la formation d’observateurs-conservateurs de l’environnement (police municipale, instituteurs),
des campagnes médiatiques et la mise en place d’un arsenal répressif dissuasif ;
• la création d’un observatoire de l’Environnement, qui est actuellement l’une des priorités du Ministère.
Aujourd’hui ces objectifs restent encore à atteindre.
La Polynésie a son propre corpus juridique en matière d’environnement. La plus grande partie des conventions internationales
ratifiées par la France s’y appliquent, mais le plus souvent les modalités d’application de ces conventions sur le Territoire n’ont pas été prises.
Les réglementations territoriales
La juridiction sur le lagon est de compétence territoriale, mais la répartition
générale des compétences entre l’Etat, le Territoire et les Communes, ne facilite pas l’application des réglementations existantes. Les problèmes soulevés par les réglementations en matière
d’environnement, sont complexes, notamment sur le lagon. Ils ont fait l’objet d’un colloque en 1996 : "quel droit de l’environnement pour la Polynésie Française". L’ensemble des textes
est recensé dans un code permanent de l’Environnement.
Les milieux récifo-lagonaires et le littoral de Polynésie sont bien couverts par les textes, qui concernent l’aménagement de l’espace lagonaire (PGEM), les études d’impact (1995), la
Protection de la nature (1995) qui permet la mise en place de divers types d’aires protégées (réserve naturelle intégrale, zone de nature sauvage, monument naturel ou culturel, parc
territorial, espaces de gestion des habitats ou des espèces, paysage terrestre ou marin protégé, zone de gestion des ressources naturelles) et la protection de la faune et de la flore.
La délibération du 13 avril 1989 porte création d’un corps de gardes-nature territoriaux, mais ceux-ci n’interviennent pas sur le milieu lagonaire.
Les textes portent également sur l’exploitation des ressources biotiques avec des textes protégeant et/ou réglementant la pêche et la collecte d’organismes marins, les techniques de pêche,
ainsi que des textes sur les ressources abiotiques (granulats coralliens), sur l’occupation du domaine public, sur la navigation et enfin des textes sur les eaux usées, dont les arrêtés
d’application toutefois tardent à sortir.
Avec cet arsenal réglementaire, et même s’il manque parfois de cohérence entre les textes, les récifs coralliens sont bien couverts mais il existe un décalage avec la réalité de leur
application sur le terrain : faiblesse des actions d’information sur la réglementation, absence de surveillance et de contrôle, en partie par manque de moyens, absence d’intervention,
dérogations très fréquentes.
Les conventions internationales
Deux conventions internationales de portée régionale sont en vigueur dans le Pacifique
sud : la convention d’Apia et la Convention du PROE.
La Convention de Washington (Convention Internationale sur le Commerce des Espèces Menacées de la Faune et de la Flore Sauvages) est applicable. Le décret français portant publication de la
convention a été publié au Journal Officiel de Polynésie le 28 novembre 1983. Un rapport de Trafic-France de 1989 analyse les conditions d’application de cette convention sur le Territoire.
Les listes actuelles datent de 1983 et n’ont pas été réactualisées depuis.
Dans le cadre de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel (Paris/Unesco, 1972), et du programme Man and Biosphère de l’UNESCO qui définit un réseau
mondial de réserves de la Biosphère, l’atoll de Taiaro, dans l’archipel des Tuamotu, a été déclaré "Réserve de la Biosphère".
Des réflexions sont en cours pour inscrire des récifs coralliens au titre de la Convention de RAMSAR.
Les chartes d’environnement
Les îles de Tahiti, Moorea, Bora-Bora, Huahine, Raiatea-Tahaa ont fait l’objet de chartes
d’environnement avec propositions d’actions concrètes en faveur de l’environnement lagonaire. Elles ne sont pas suivies d’effet.
Le Schéma d’Aménagement Général et d’Equipement
Le SAGE de la Polynésie Française qui fixe les grandes orientations en matière d’aménagement et d’équipement de la Polynésie à l’horizon 2013, ne s’est pas intéressé au milieu marin. Une
proposition de complément d’élaboration d’un Schéma Général d’Aménagement et de Gestion des zones lagonaires a été proposé, sans suite à ce jour.
Les PGEM
Adapté des Schémas de Mise en Valeur de la Mer aux conditions particulières des lagons, le Plan de Gestion des
Espaces Maritimes (PGEM) est un document d’urbanisme qui doit permettre de planifier les règles et conditions d’utilisation des lagons et des façades maritimes, en fonction de la vocation des
différentes zones lagonaires (pêche, conservation, tourisme, navigation etc.). La responsabilité de l’élaboration des PGEM est du ressort des Ministères de la Mer, de l’Aménagement et de
l’Environnement. Les îles de la Société sont concernées en premier lieu. L’élaboration du PGEM de Moorea est en cours (arrêté de 1996). L’espace concerné par le plan inclus la ligne de
rivage, le récif frangeant, le chenal, la barrière et la pente externe jusqu’à une profondeur d’environ 70 m. Le PGEM de Bora-Bora devrait prochainement être réalisé (arrêté de 1997) en même
temps que le PGA (Plan Général d’Aménagement, pour le milieu terrestre).
Les Etudes d’Impact
Elles étaient déjà largement utilisées, notamment dans les aménagements hôteliers. Elles sont
désormais obligatoires, depuis la délibération de 1995, pour tout aménagement en zone littorale ; depuis juillet 98 un arrêté d’application définit les seuils rendant l’étude
obligatoire. Les dossiers sont instruits par la Commission des Sites. Mais les prescriptions ne sont pas toujours bien suivies. La Délégation, qui n’assure qu’un contrôle ponctuel, a proposé
que le suivi soit assuré par des bureaux d’étude.
Les aires protégées
Les aires marines protégées couvrent 12,3 km2, dont 11,8 km2 de lagons, pour
une surface lagonaire totale de 12.800 km2, soit moins de 0.1%. Ces aires sont les suivantes :
• l’atoll de Taiaro (2.000 ha) dans les Tuamotu est une Réserve de la Biosphère depuis 1977 (Programme MAB). C’est un atoll privé, dont la gestion est assurée par le propriétaire, en
collaboration avec un comité administratif du sanctuaire. En pratique il y a peu de gestion réelle de cette réserve. Le périmètre de protection est actuellement en cours de modification, afin
d’inclure les atolls voisins de la commune de Fakarava ;
• l’atoll de Scilly (ou Manuae, surface marine protégée de 10.400 ha sur une surface totale de 11.300 ha) et l’atoll de Bellinghausen (ou Motu One, surface marine protégée de 960 ha sur 1.240
ha) tous deux dans l’archipel de la Société sont des réserves territoriales depuis 1992, au titre de la Convention du PROE. L’ensemble de ces deux atolls, jusqu’à 100 m au-delà de la crête
récifale, est inclus dans le périmètre de protection (trois milles marins à compter des limites de la réserve). Ces deux réserves sont administrées par le Service des Ressources Marines, avec
un comité de gestion. La charte de gestion a été approuvée en décembre 1996. Les activités (perliculture, pêche, navigation) dans les lagons et dans les périmètres de protection, et le nombre
d’habitants sur Scilly (15 au maximum) sont réglementés. Une nouvelle mission scientifique devrait être organisée en 1999, soit 20 ans après la première.
Dans les faits, et notamment compte-tenu de leur isolement, la gestion locale de ces espaces n’est pas assurée.
La mise en place d’un organisme de gestion des espaces protégés pose des difficultés financières.

Tortue verte Chélonia mydas (Photo J Orempüller IRD)
Les projets d’aires protégées
Plusieurs projets sont en cours. Il s’agit le plus souvent d’aires à vocation
touristique :
• l’île de Bora-Bora : les sites ont été identifiés et l’étude de la structure de gestion du parc est en cours ;
• l’atoll de Rangiroa : cinq sites autour de l’atoll sont proposés comme partie intégrante du parc : le lagon bleu à l’ouest, la passe d’Avatoru, la passe de Tiputa et le motu
Nuhi-Nuhi au nord, les bancs de sables "les sables Roses" à l’est et l’île au récif, au sud ;
• l’île de Moorea (nord-ouest) ;
• une partie du lagon d’Hitiaa, sur l’île de Tahiti.
Les ZNIEFF
Malgré de nombreuses propositions en ce sens, il n’existe pas à l’heure actuelle, d’extension des ZNIEFF en
Polynésie.
Le Conservatoire Polynésien du Littoral
Les terrains acquis entre 1989 et 1993 s’élèvent à 113.212 m2 dont 85.220 m2 (75 %) correspondent à un terrain sur Huahine, le reste à 3 terrains sur Tahiti.
La protection des espèces rares et menacées
Plusieurs espèces sont protégées par des réglementations locales : le
triton (Charonia tritonis), les casques (Cassis rufa), le burgau (Turbo marmoratus), la moule géante (Atrilla vexillum), le bénitier (Tridacna maxima), la langouste, la squille (Lisiosquilla
maculata), le crabe (Scylla serrata), la cigale de mer, la raie manta, le corail noir des genres Cirripathes et Anthipates et les tortues marines (Chelonia mydas, Dermochelys coriacea,
Eretmochelys imbricata). Dans les faits les contrôles sont quasiment impossibles et le braconnage demeure une pratique encore trop répandue.
Les mesures contre l’érosion et la sédimentation
A la suite d’une étude pour le Ministère de l’Equipement, les mesures
recommandées (Masson, 1989), concernaient :
• la lutte contre l’érosion : amélioration des pratiques agricoles, avec en particulier la protection du sol entre les plans (paillage, plantation), l’amélioration des techniques de
terrassement, la protection des sols dénudés par revégétalisation ou par traitement.
• la maîtrise des eaux pluviales, en particulier au niveau des plates-formes de terrassement, des infrastructures routières et du réseau hydrographique.
• la lutte contre la sédimentation par divers procédés comme les digues transversales à la plaine alluviale, les bassins d’orage, les décanteurs dans les vallées ou les bassins de rétention
sur la plaine côtière et en arrière des récifs coralliens.
A ce jour ces recommandations ne sont que très peu suivies. Les techniques de terrassement ont été améliorées, la revégétalisation des terrains dénudés est plus systématique, une politique de
reboisement des terrains dénudés en pin des Cara•bes et en Albizia a été entreprise, des essais de bassins de rétention ou décanteurs ont été réalisés. La proposition d’élaborer un cahier des
charges par type d’activité génératrice d’érosion n’a pas été suivi et dans l’ensemble les actions sont très limitées au regard des problèmes.
Les mesures contre la pollution domestique
Sur l’ensemble de la Polynésie, seule la zone touristique de Bora-Bora fait
actuellement l’objet d’un assainissement collectif. Ailleurs les eaux ne sont traitées - lorsqu’elles le sont - que par assainissement individuel ou mini stations d’épuration (35.000
personnes traitées au total en 1992) et dont la moitié seulement respectaient à cette date les normes de rejet en vigueur.
Dès 1985, divers projets d’assainissement ont été identifiés, puis un schéma directeur d’assainissement pour l’île de Tahiti et un schéma d’assainissement pour la ville de Papeete ont été
réalisés, mais sans suite concrète à ce jour. Dans le cadre du contrat de développement, l’assainissement des eaux usées de la zone touristique d’Outumaoro, de la ville de Papeete et la
poursuite de l’assainissement de Bora-Bora étaient financés. L’assainissement de la zone urbaine de Papeete est une priorité, mais malgré les financements en partie assurés, les projets sont
bloqués et les financements ont été reportés sur Outumaoro et Bora-Bora.
Les mesures contre les dragages et l’extraction des granulats
L’extraction du corail est interdite depuis une
délibération de 1968, modifiée en 1977, mais le statut dérogatoire pour trois ans perdure depuis 20 ans par arrêtés successifs. Dans les faits les extractions sont arrêtées à Tahiti mais
perdurent à Moorea et dans les Iles Sous-le-Vent.
Suite à l’élaboration d’un schéma d’exploitation des granulats pour les diverses îles, ces extractions sont limitées à un certain nombre de sites dans chacune des îles et les méthodes
d’extraction ont été améliorées, pour une meilleure préservation de l’environnement (extractions plus en profondeur pour limiter l’emprise du chantier sur le récif, endiguement de la souille
etc.).
Les mesures en matière de gestion des ressources
Les mesures sont avant tout réglementaires (espèces protégées,
réglementations en matière de pêche), mais il y a peu de surveillance et les infractions sont nombreuses. Un comité de surveillance des espèces marines et d’eau douce a été instauré dans les
communes, essentiellement pour la pêche aux trocas et aux burgaux, mais ses missions sont limitées. Afin d’augmenter la ressource, le Ministère de la Mer étudie la possibilité d’installer des
récifs artificiels dans les lagons.
Un projet de restauration récifale a été entrepris en mai 1992, sur l’île de Moorea, sur une surface d’environ 200 m2, dans un
ancien site d’extraction réaménagé par un hôtel. La restauration a compris deux étapes, la restauration physique du milieu (reprofilage, nettoyage par élimination des blocs, réensablement)
puis la transplantation d’espèces de coraux, sur des supports lourds en béton, pour favoriser la reconquête de l’espace par la flore et la faune. Au total, 180 colonies de petits diamètres
(15 cm) ont été transplantées et fixées sur les supports et 37 colonies de grands diamètres (1 m) ont été déposées sur le site. Le suivi de ces transplants a été assuré tous les mois, de mai
1992 à juillet 1993. Une seule espèce n’a pu s’adapter et pour l’ensemble des autres espèces, la mortalité des colonies de petits diamètres s’est élevée à 3%. A l’issue d’une phase de latence
(période d’adaptation des coraux à leur nouvel environnement), les espèces ont entamé leur croissance mais à des vitesses inférieures à celles des colonies témoins, localisées sur un récif
voisin. La colonisation naturelle du site a été effective tant pour les poissons (44 espèces présentes à la fin de l’étude contre 3 au début), les échinodermes (oursins et holothuries) et les
jeunes colonies coralliennes (10 colonies sont apparues appartenant toutes à l’espèce Pocillopora damicornis).
Cette étude a montré qu’une restauration biologique en milieu marin récifal est réalisable et viable. Elle représente de plus un moyen de préserver la biodiversité en milieu lagonaire.
Cependant c’est une opération coûteuse, qui ne peut être utilisée que pour de petites surfaces à restaurer. Un autre projet de restauration est à l’étude sur un site hôtelier de
Bora-Bora.
Si le récif corallien est présent dans toutes les manifestations en faveur de l’environnement, les actions concrètes d’information
et d’éducation ne sont pas très développées, notamment l’information auprès des différents acteurs socio-économiques (entrepreneurs, agriculteurs, carriers, pêcheurs, opérateurs
touristiques). L’éducation à l’environnement lagonaire dans les écoles n’est pas non plus très développé.
• La Délégation à l’Environnement a édité une plaquette sur le lagon ("Agir pour le lagon"), à destination des administrations et du public, et une plaquette sur les tortues marines. Un
recensement des aquarium naturels dans les hôtels est en cours, dans l’objectif de les utiliser à des fins de sensibilisations. Un document sur le lagon pour les CM2 est en projet.
• Depuis 1994, le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement (CRIOBE) de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes publie mensuellement un article sur les récifs coralliens
et autres recherches dans le journal local ;
• le CRIOBE assure annuellement la formation des professeurs de sciences naturelles à l’écologie des récifs, ainsi que la sensibilisation de jeunes.
Les chartes d’environnement ont proposé dans chacune des îles des actions concrètes d’information à l’environnement. L’élaboration des PGEM, avec la participation des populations locales et
des socioprofessionnels devrait être l’occasion d’assurer une information touchant le plus grand nombre.
La surveillance du milieu marin est assurée par trois réseaux : l’un développé par la Délégation à l’Environnement sur l’île
de Tahiti ; l’autre qui se concentre sur le Port autonome ; le troisième, plus récent, vise au suivi des récifs dans le cadre des changements climatiques globaux et intéresse
l’ensemble de la Polynésie. D’autre part, le Laboratoire d’Analyses de Contrôle (LAC) du Ministère de la Santé assure, depuis de très nombreuses années, la surveillance sanitaire des eaux de
baignade pour les îles de Tahiti, de Moorea et, depuis 1993, pour Bora-Bora .
Le Réseau Territorial d’Observation (RTO) de la qualité du milieu lagonaire de Tahiti
Le Réseau Territorial
d’Observation de la qualité du milieu lagonaire de l’île de Tahiti a été créé en 1989 par le Ministère de l’Environnement de Polynésie. Le choix des stations d’observation a été fait en
fonction des principaux usages de la frange littorale et du lagon, de l’importance des pressions subies (faibles à fortes pressions) et du degré de confinement ou d’ouverture du secteur.
• La surveillance des peuplements benthiques et nectoniques (coraux, algues échinodermes, mollusques, poissons) est assurée 1 fois/an par la Délégation. Ce suivi a porté sur 16 stations
réparties autour de l’île entre 1989 et 1993, tandis qu’entre 1994 et 1996, compte tenu des contraintes budgétaires, 8 stations seulement ont été suivies.
• L’étude des paramètres physico-chimiques (température, salinité, O2 dissous, pH, turbidité, sels nutritifs, chlorophylle a et phéopigments) a été réalisé sur 16 stations entre 1989 et
1993.• L’étude des polluants minéraux et organiques (germes fécaux, détergents - tensioactifs anioniques - pesticides - lindane, chlordane, dieldrine, DDT et ses métabolites, métaux
lourds) de l’eau et des sédiments a été réalisée sur 13 stations et l’étude du bioindicateur Modiolus (moule locale) sur 12 stations entre 1989 et 1993.
• Dès 1998, la température sera suivie en continu sur les 8 stations (installation de thermographes).
La fréquence des prélèvements est variable, entre une et trois campagnes/an suivant les années pour les paramètres de qualité des eaux, des sédiments et des moules. Pour des raisons
budgétaires le suivi des paramètres physico-chimiques et des polluants a été interrompu en 1993, seul étant maintenu le suivi des peuplements coralliens.
Ce RTO doit s’intégrer dans un ensemble plus important qu’est l’observatoire de l’environnement polynésien pour lequel les réflexions sont en cours.
A titre d’exemple pour des réseaux futurs, l’expérience polynésienne qui a porté sur 8 ans est intéressante. Les conclusions sont les suivantes (Tatarata, 1997) :
• les mesures de polluants dans le compartiment "eau" n’ont pas d’intérêt, à moins d’une fréquence importante des mesures, difficilement réalisable. Les compartiments sédimentaire et
biologique (Modiolus) qui enregistrent les phénomènes sont beaucoup plus intéressants à suivre,
• après une période d’activité motivée par la mise en place du réseau lui-même, le RTO a souffert d’un manque de moyens humains et financiers qui a conduit à abandonner une partie des suivis.
La délégation à l’Environnement, responsable du réseau, reconnaît que le suivi d’un réseau de surveillance au sein d’une administration est difficile à gérer. Malgré l’intérêt d’un tel outil,
reconnu par tous, la collaboration entre les services pour le mettre en Ïuvre est difficile.
Le coût de fonctionnement annuel, compte tenu des spécificités locales (gratuité de certains services de la part des administrations), a été estimé à 140.000 Frs/an pour le réseau
polynésien.
Il est prévu d’étendre ce réseau à l’île de Bora-Bora dès 1999.
La surveillance des eaux du Port autonome de Papeete
Parallèlement, le Port autonome assure depuis une dizaine d’années
une surveillance de la qualité physico-chimique des eaux du port, réalisée par l’IPSN par des campagnes de prélèvements sur 14 stations et des analyses annuelles de l’eau et des
sédiments.
Le réseau de surveillance des récifs de Polynésie Française
Extension du réseau tahitien de la Délégation, ce réseau de
surveillance de l’ensemble des récifs de Polynésie a été mis en place en 1995, sous l’égide de la Fondation Naturalia Polynesia et de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, avec le soutien des
Ministères métropolitain et polynésien de l’environnement. Ce réseau comporte actuellement des stations dans 11 îles de Polynésie dans l’archipel de la Société, à Moorea, Tahiti, Raiatea,
Tetiaroa, dans les Tuamotu à Mataiva, Takapoto, Tikehau, Nengo-Nengo, Marutea sud et aux Marquises, à Ua Uka.
Ces stations de surveillance, localisées sur les pentes externes des récifs consistent en un relevé périodique de la couverture corallienne par quadrats et photographies, destiné à mesurer la
croissance ou la mortalité corallienne et suivre ainsi l’état de santé des récifs et l’impact des perturbations naturelles (blanchissement, cyclones) ou humaines. Ce réseau entre dans le
cadre du réseau international de surveillance des récifs coralliens (GCRMN).
Le projet de point focal pour le GCRMN
La Polynésie a posé sa candidature pour devenir un sous-noeud du réseau mondial
de surveillance des récifs coralliens (GCRMN). La formation des techniciens du suivi des états voisins et la centralisation des données serait assurées par le CRIOBE (Centre de Recherche
Insulaire et Observatoire de l’Environnement), de Moorea.
Le suivi des tortues marines
Un programme de marquage des tortues vertes est mené sur l’atoll de Scilly depuis 1971. Le
recensement des lieux de ponte est en cours.
Le projet d’Observatoire de l’Environnement
Depuis plusieurs années déjà ce projet est en cours en Polynésie. Le
Ministère a sollicité l’appui de l’IFEN pour sa réalisation. L’idée est d’identifier et suivre un petit nombre d’indicateurs. L’Institut polynésien de statistiques (ITSTAT) pourrait servir de
point focal.
Le réseau de suivi de la ciguatera
La ciguatera, dont l’impact est important en Polynésie est suivie régulièrement
depuis de très nombreuses années. Les travaux polynésiens dans le domaine sont reconnus internationalement.

Atoll de Takapoto (Photo L Charpy)
Avec huit organismes scientifiques d’Etat et trois services territoriaux qui assurent la recherche en matière d’environnement, le
potentiel scientifique polynésien est très développé. Il est en majeure partie orienté vers l’étude du milieu naturel, principalement les récifs coralliens.
Les organismes d’Etat
Plusieurs organismes sont présentés :
• l’ORSTOM, implanté sur le Territoire depuis 1958,
• l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE), qui dès 1971 montait, en collaboration avec le Muséum National d’Histoire Naturelle, l’antenne Museum-EPHE, dotée d’un centre de recherche sur
l’île de Moorea, aujourd’hui intitulé CRIOBE (Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement),
• l’IFREMER depuis 1972,
• les autres laboratoires de recherche associés à la présence du CEP : le Laboratoire d’Etudes et de Surveillance de l’Environnement (LESE) depuis 1962 et le Service Mixte de Contrôle
Biologique (SMCB) depuis 1964.

Station ORSTOM à Tikehau (Photo J Blanchot)
Les organismes territoriaux
• l’Institut Territorial de Recherches Médicales Louis Malardé, associé à l’institut
Pasteur de Paris, assure des recherches axées dans les domaines de l’océanographie médicale (ciguatera) et de la biologie du stress en milieu marin.
• La station polynésienne de télédétection (SPT - partenariat IFREMER/Territoire) a assuré pendant un temps la cartographie des récifs et des applications dans certains domaines de gestion
des ressources lagonaires.
Les organismes étrangers
L’Université de Berkeley possède une station de recherche (Gump Research Station) sur l’île de
Moorea.
Les recherches dans le domaine de l’environnement marin et des ressources, les recherches sont les suivantes :
•
recherches sur les écosystèmes récifaux de Polynésie : biologie, écologie et fonctionnement (EPHE, UFP, ORSTOM) ; les recherches portent plus particulièrement sur l’agencement
temporel et spatial des populations ;
• programme général de recherche sur la nacre, initié à la suite des mortalités massives des huîtres perlières élevées dans les lagons d’atolls (EVAAM/ IFREMER/ORSTOM/EPHE) ;
• utilisation de l’outil de la télédétection pour l’aide à la gestion des espaces maritimes et terrestres (SPT) ;
• mise en place du réseau territorial d’observation, le RTO ;
• programmes d’élevage d’espèces commerciales à haute valeur ajoutée : tortues, burgaux, trocas, (EVAAM/IFREMER) ;
• quantification de la ressource halieutique dans la ZEE (EVAAM/ORSTOM/IFREMER) ;
La coopération régionale se situe à deux niveaux :
• la coopération avec les organismes de recherche de la région,
notamment avec l’Australie (Australian Institute of Marine Sciences), l’Université de Berkeley aux Etats-Unis. Des échanges ont lieu avec la Nouvelle-Calédonie. Une coopération de longue date
existe également avec le Bishop Museum de Hawaii ;
• la coopération avec des organismes régionaux, qui regroupent plusieurs pays de la zone, notamment la CPS (Commission du Pacifique Sud) dont le siège est situé à Nouméa ; le PROE
(Programme Régional Océanien de l’Environnement) dont le siège est aux Samoa et le CCOP/SOPAC (Commission océanienne de recherches géoscientifiques appliquées).
Les études environnementales à caractère appliqué sont très importantes en Polynésie :
• planification de
l’aménagement de l’espace et de la gestion de l’environnement (Bora-Bora, Huahine, Otoumaoro et Atimaono),
• schéma général d’exploitation des granulats et de la protection de l’environnement de Tahiti, de Moorea et des Iles Sous-le-Vent,
• schéma d’assainissement de Tahiti et choix des sites de rejet en mer, chartes de l’environnement de diverses communes... ;
• études appliquées du milieu et des ressources naturelles : restauration de milieux dégradés (plages, récifs coralliens),
• protection des plages contre l’érosion, réhabilitation du littoral,
• études de réserves naturelles et de parcs (Bora-Bora)... ;
• études d’impact et études d’environnement...
Le contrat de plan Etat-Territoire
C’est par le biais des contrats de plan, financés à 50% par le Territoire et 50% par
l’Etat, qu’est réalisée la plupart des actions en matière d’environnement.
Dans le cadre du dernier contrat (contrat de développement), les actions "environnement" représentent environ 6700 M F CFP (371 M F Frs), dont 65% financé par le Territoire et 35% par l’Etat
(PIB : 303.852 millions de F CFP en 1992).
Ce dernier contrat accorde une très large part à l’aménagement et à la protection des milieux, dans un but touristique. L’assainissement, comme dans le précédent contrat, est également une
action prioritaire (1,5% du montant total du contrat) ; il concentre par ailleurs 75% de l’aide communautaire (VIIe FED).
Outre l’assainissement, les financements directement en faveur des récifs dans le contrat 1994-1998 concernent les Plans de Gestion des Espaces Maritimes et la création de parcs
marins.
La Communauté Européenne
Au titre du VIIe FED (1991-1995), la coopération financière vise à développer des activités
productives (tourisme et exploitation des ressources marines : pêche hauturière et perliculture) dont dépendent la qualité de l’environnement. Les actions comportent un volet
"préservation de l’environnement" axé sur les recherches et l’assainissement.
La dotation pour la Polynésie s’élève à 13,1 M d’ECU (environ 1,67 milliards de F CFP, soit 92 M Frs F). Le projet d’assainissement des eaux des communes urbaines de Tahiti concentre 75% de
l’enveloppe communautaire, soit 9,825 M d’ECU (1,25 milliard de F CFP : 69 M de F Frs) ; le Programme Général de Recherche sur la Nacre sera financé à hauteur de 400.000
ECU.
L’appui du Ministère Métropolitain de l’Environnement
Un projet de convention cadre sur la gestion de l’environnement
avait été évoqué entre les Ministères métropolitain et polynésien de l’environnement, pour une coopération et une aide technique et/ou financière.
Ce projet prévoyait notamment :
• la nomination, au Haut-Commissariat, d’un chargé de mission pour l’environnement,
• l’extension à la Polynésie Française de l’inventaire ZNIEFF,
• la formation de gardes-nature et d’animateurs en milieu rural et marin,
• la création d’un Conservatoire territorial des espaces naturels.
Ce projet n’a toujours pas vu le jour.