Partager l'article ! Des bilans alarmants mais non entretenus...: http://www.ecologie.gouv.fr/Etat-des-milieux-en-Polynesie.html Depuis une quinzaine d’années, la ...

Tahiti : l’état de santé des récifs est très variable suivant les secteurs. Dans
la zone urbaine, 20% des récifs frangeants ont été détruits par les extractions et les remblaiements, pour lesquels 1,6 millions de tonnes de coraux auraient été utilisés, et d’une façon générale
par l’aménagement littoral de la zone urbaine et suburbaine : construction de l’aéroport de Faaa sur le frangeant, construction du port de Papeete et de la digue qui le prolonge sur le
barrière, aménagements touristiques divers. Les eaux sont polluées par les rejets d’eaux usées et pluviales. La zone barrière est localement touchée, en particulier dans la zone du port. Le point
zéro du Réseau Territorial d’Observation (RTO), en 1989, avait mis en évidence de fortes variations dans l’état de santé des différentes stations suivies, avec :
• des sites florissants, avec un recouvrement corallien supérieur à 50% et une faune riche et diversifiée : récif frangeant de Faaa, Arue, récif barrière d’Atimaono,
• des sites moyennement florissants : Mahina, Tautira, Faatautia,
• des sites très dégradés : Hitiaa, le Port, Maeva et Vairao, principalement, mais aussi Taunoa, Faaa (récif barrière), Punaauia , Port-Pha‘ton et Faratea.
Les pressions qui s’exercent sur certaines stations de suivi ne sont pas trop fortes actuellement mais elles ont néanmoins été suffisamment importantes par le passé, pour avoir induit de fortes
dégradations du milieu encore observables aujourd’hui : Hitiaa (sédimentation résultant de la construction de la centrale hydroélectrique), le Port, Taunoa et Beachcomber (extraction de
matériaux coralliens), dégradations liées à la fréquentation du site (macrodéchets, collecte d’organismes, bris de colonies), attaques d’Acanthaster, observées sur 12 sites sur 17, ou des
cyclones (Faatautia, Tautira).
L’analyse des résultats du RTO entre 1989 et 1996 vient de faire l’objet d’une synthèse. Les
événements marquants de la période ont été un phénomène de blanchissement en 1991, le cyclone WASA en 1991 et l’infestation de certains récifs par Acanthaster. Les résultats montrent :
• des stations en cours de dégradation : Atimaono à cause d’Acanthaster, Port Pha‘ton qui enregistre une augmentation des algues au détriment des coraux et la station d’Arue qui, bien que
vivante, subit une très lente dégradation par remise en suspension des fines d’une très ancienne fosse d’extraction, et en raison d’une plus grande fréquentation du site.
• des stations en cours de recolonisation : Pueu et Faatautia, ainsi que Faaone, où l’on note une amélioration avec un développement croissant des coraux du genre Pocillopora qui semblent
devenir prédominants sur les algues calcaires.
• des stations stables : Nuuroa et le frangeant de Faaa, stabilité qui peut s’expliquer par la nature des peuplements monospécifiques à Synarea, résistants aux modifications du
milieu.
En revanche, le réseau de surveillance des récifs coralliens de Polynésie montre que les pentes externes semblent moins touchées. Le suivi sur les pentes externes de 13 îles, sur la période 1992-1997, montre une forte croissance corallienne (Chancerelle in CRIOBE-EPHE, 1998).
Moorea : les études montrent une dégradation certaine des récifs depuis 25 ans, sur le récif frangeant comme sur le récif barrière, avec une diminution du taux de recouvrement des coraux, remplacés par les algues, et une diminution des peuplements de mollusques. Les études montrent par ailleurs que les variations sont très brutales, à la suite d’événements catastrophiques (cyclones, Acanthaster, phénomènes de blanchissement, rejet massif de sédiments terrigènes) et alternent avec de longues périodes de stabilité, ou d’évolution progressive et lente. Ainsi l’étude de l’Agencement Temporel des Populations et des Peuplements (ATPP- EPHE, CRIOBE - EPHE, 1994) a mis en évidence, globalement, une relative stabilité des peuplements récifaux depuis 1990, malgré certains évènements naturels (blanchissements, cyclones).
Iles Sous-le-Vent : 6% des récifs frangeants ont été complètement détruits par les extractions de matériaux coralliens et les remblais. Les extractions ont affecté indirectement entre 7 et 11% des récifs coralliens. Il faut y rajouter les surfaces non connues de récifs détruites ou affectées indirectement par les panaches sédimentaires terrigènes ainsi que les récifs affectés par les rejets d’eaux usées domestiques et celles détruites par des causes naturelles.
Bora-Bora : une étude comparative entre 1990 et 1996 (SNC Pae Tai-Pae Uta, 1996) a montré une tendance régressive dans le recouvrement corail/algues pour 24 stations sur 62 (soit 39%), une tendance à l’amélioration pour 26 stations et une stabilité pour 12 stations. Sur 2.000 ha de zones de construction corallienne, 43,6% sont intactes, principalement sur le récif barrière, 44,1% sont menacées à très menacées et 12,3% sont dégradées. Près de 75% des récifs frangeants sont moyennement à fortement perturbés par les activités humaines.
La zone de richesse spécifique maximale est située dans l’ouest Pacifique et le sud-est Asiatique, qui constituent la métropole de la province indo-pacifique. Le nombre d’espèces diminue ensuite graduellement vers le Pacifique est, et la Polynésie, située à la limite la plus orientale de cette Province, est relativement pauvre en espèces coralliennes. L’endémisme est faible mais l’éclatement de la Polynésie et la grande diversité géographique des archipels polynésiens se traduit par des faunes aux caractéristiques différentes.
Coraux : la faune est pauvre, avec environ 50 genres et 170 espèces actuellement connues. Si 18 espèces sont endémiques à la région, il n’y a semble-t-il pas d’endémisme polynésien, même si trois unités biogéographiques se distinguent : les sous-provinces nord et sud et la zone des Marquises. De nombreux genres ne sont pas présents (e.g. Symphyllia, Oulophyllia, Seriatopora, Goniopora et les familles des Merulinidae et Euphyllidae), mais en revanche, on note d’autres caractéristiques typiques que sont la grande diversité spécifique de certains genres (e.g. Psammocora, Pocillopora, Leptoseris, Montipora) et l’abondance comparative de certains taxa qui sont peu communs ou absents de la zone centrale de l’Indo-Pacifique occidental, comme Sandalolitha et Porites irregularis. La richesse spécifique est plus élevée sur les récifs d’îles hautes que sur les atolls. Dans les atolls, la richesse est plus élevée dans les lagons ouverts que dans les lagons fermés, et les passes présentent la plus grande richesse spécifique (Payri et al, 1997).
Algues : au moins 346 espèces de macrophytes. L’endémisme est faible, mais certaines espèces comme Caulerpa seuratii ou Chevaliericrusta polynesia semblent avoir une aire limitée aux seuls archipels des Tuamotu.
Mollusques : 1.500 espèces. L’endémicité est maximale aux Marquises, de l’ordre de 20% (exemple du Conus gauguini), puis par ordre décroissant viennent les Australes, la Société et les Tuamotu Gambier (exemple de Cypraea obvelata).
Poissons : 800 espèces ont été inventoriées à ce jour, réparties en 90 familles, mais les prospections sont insuffisantes pour avoir un bilan complet. Certaines espèces ne sont localisées que dans un archipel (Anthias regali, Heniochus varius). Pour d’autres espèces, l’isolement génétique plus ou moins important de populations a été mis en évidence entre des îles différentes (Acanthurus triostegus, Dascyllus aruanus - Planes in EPHE, 1994).

Epinephelus microdon (Photo J Orempüller)
Tortues : trois espèces sont présentes la tortue luth Dermochelys coriacea, la tortue verte Chelonia mydas et la tortue "bonne écaille" ou imbriquée, Eretmochelys imbricata.
Le corail noir Cirripathes sp, utilisé en bijouterie est exploité dans les Iles Sous-le-Vent où certains stocks auraient été anéantis en quelques années. Cette activité, tout autant que les stocks, sont très mal connus. L’espèce est protégée mais continue à être exploitée.
Certains coquillages de collection, Cypraea tigris, Conus textile et Conus vitellus seraient devenus rares dans les lagons de Tahiti. Le triton Charonia tritonis, les casques Cassis rufa et C. cornuta sont également très recherchés et maintenant rares.

(Photo P Laboute)
Les stocks naturels de nacre Pinctada margaritifera ont été largement surexploités et la diversité génétique de l’espèce a été considérablement réduite par suite des transferts de nacres d’un lagon d’atoll à l’autre, dans le cadre de la perliculture. Cependant, le lagon de Scilly présente des gisements de nacres encore indemnes de pollution génétique.
La tortue est un animal sacré qui faisait l’objet de règles traditionnelles particulières pour ce qui concerne la capture et la consommation. Elle faisait, et fait encore dans certains atolls, l’objet d’un élevage familial à petite échelle. Les connaissances scientifiques sur cette espèce, en Polynésie, sont limitées mais un inventaire des lieux de ponte est en cours. La tortue est protégée par une réglementation locale et son commerce international est interdit par la Convention de Washington. Les sites de ponte sont protégés dans les réserves, à Scilly, l’un des rares grands sites de nidification en Polynésie et sur l’atoll de Bellinghausen. Le suivi de tortues baguées a fait apparaître des migrations à travers tous les archipels du Pacifique, entraînant la nécessité d’une approche régionale de la protection. Les dernières observations sur les atolls indiquent que le stock est de plus en plus faible sur Mopelia ainsi que sur Scilly où une baisse de près de 94% du nombre de tortues venant pondre a été enregistrée, en raison du braconnage qui, malgré la réglementation, est très important y compris dans les réserves.

Chélonia mydas (Photo J Orempüller IRD)
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